Guerre au Moyen-Orient Les unités arabo-kurdes sont entrées dans la vieille-ville, où 2000 djihadistes se battront jusqu’à la mort, parmi les civils !

Les ruelles de la médina de Raqqa, visibles à la jumelle, sont désormais à portée de tir de sniper. Dans la capitale syrienne du groupe Etat islamique (Daech), dernier grand fief des djihadistes après la chute de Mossoul en Irak, des obus de mortier tonnent à intervalles réguliers. Boran, 29 ans, se tient accroupi sur un toit dans le quartier d’Al-Sinaa, à l’est de la vieille-ville. Membre des forces kurdes de Syrie, les Unités de protection du peuple (YPG), liées au PKK turc (Parti des travailleurs du Kurdistan), il dessine d’un mouvement de la main l’avancée décisive de ses compagnons d’armes dans la nuit du 4 juillet…

«Nos troupes sont entrées dans la vieille-ville par trois points différents sur le front est», raconte ce combattant à l’épaisse moustache, originaire de Hasankeyf, dans le sud-est de la Turquie. Dans le salon de la maison, vidée à la hâte par ses propriétaires et occupée par une douzaine de guerriers kurdes, le commandant de ce poste avancé fait le bilan de l’offensive. «Notre moral est au zénith. Nous avançons, la fin du califat n’est plus qu’une question de temps.»

Guerre technologique

Cette guerre est aussi une guerre technologique, montre-t-il sur sa tablette, où apparaît une carte de la ville parsemée de points jaunes. «Grâce à cela, toutes nos positions sont connectées et mises en réseau, ce qui nous permet d’avoir une idée précise de l’évolution des lignes de front.» Cernés de toutes parts, retranchés dans la vieille-ville de ce qui était leur fief syrien depuis 2014, les derniers djihadistes de Daech n’ont plus que l’énergie du désespoir à opposer aux assaillants, largement supérieurs en nombre et en puissance de feu.

«Nous sommes en position de force et nous bénéficions des frappes aériennes de nos alliés. Alors, Daech lance des attaques surprises avec des drones, des voitures-suicides ou en utilisant des tunnels pour passer sous la ligne de front», explique Metin, 22 ans, un Kurde syrien de Qamichli. C’est précisément après une attaque à la voiture piégée des djihadistes, dans la nuit de mardi, que les Forces démocratiques syriennes (FDS), coalition arabo-kurde soutenue par les pays occidentaux, ont contre-attaqué et réalisé une percée dans la vieille-ville de Raqqa. «Nous sommes entrés en trois points différents, nous avons franchi les murs de la médina et atteint le marché aux légumes. Maintenant, il faut tout déminer», décrit un officier des YPG qui a participé à l’opération.

Des mines partout en ville

Car avant de se retirer d’une position, les «soldats» du califat autoproclamé disséminent systématiquement des engins piégés pour faucher l’ennemi. Des poignées de porte, des frigos, des ordinateurs portables ou des jouets pour enfants… Le chef du poste avancé raconte avoir perdu un de ses hommes, trois jours plus tôt, tué en soulevant un tapis dans une maison tout juste reprise.

Les mines artisanales ralentissent la progression de la coalition anti-Daesh mais elles n’entament pas sa détermination. Pour en finir avec leur cauchemar, les FDS et les brigades arabes qui leur sont associées ont déployé près de 10 000 combattants et combattantes, venus de tout le nord de la Syrie.

Américains et Français

Mais surtout, elles peuvent compter sur l’appui de leurs alliés occidentaux, à commencer par les Etats-Unis. Le matin du 4 juillet, jour de la fête nationale américaine, c’est un impressionnant convoi militaire qui est entré dans Raqqa, par le front ouest cette fois. Trois semi-remorques chargés d’obus de mortier de gros calibre, de caisses d’armes et de munitions, une dizaine de véhicules blindés SUV, des transporteurs de troupes…

Des dizaines de cortèges de ce type seraient entrés en Syrie depuis le début de l’opération «Colère de l’Euphrate», officiellement lancée par les FDS le 5 novembre 2016. A la fin du mois de juin, un avion-cargo acheminant de l’aide militaire a même atterri à Kobane, à trois heures de route du champ de bataille. Environ 200 membres des forces spéciales américaines seraient déployés sur les points stratégiques de la bataille pour sécuriser des positions au fur et à mesure de l’avancée.

Dans le quartier d’Al Sinaa, on croise aussi des Français, beaucoup plus discrets mais en nombre. «Leur présence est décisive sur le terrain», juge un volontaire étranger engagé avec les forces kurdes. Jamais ces dernières n’ont bénéficié d’un tel soutien militaire, même au moment de la bataille de Kobane, en 2014. Rien ne semble pouvoir empêcher les Kurdes de prendre leur revanche. La reprise de Raqqa n’est plus qu’une question de temps.

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