– La langue kurde est une langue du groupe irano-aryen appartenant à la large famille des langues indo-européennes. Cette langue est la langue d’un groupe ethnique d’environ 35 000 000 à 45 000 000 de personnes se reconnaissant comme étant une nation. Cette large estimation est due au fait qu’il soit difficile de chiffrer une nation sans État. En effet, les Kurdes vivent à cheval sur la région du Kurdistan qui signifie littéralement « pays des Kurdes ». Selon Bernard Henri Lévy, les Kurdes auraient en quelque sorte « manqué » l’éveil des nations en vue de la création d’un État. Le système tribal de la société kurde soutient en partie les propos de ce dernier car le sentiment national s’est installé plus tardivement dans l’esprit des Kurdes que celui des nations pionnières du concept d’État-nation telles que la France. L’élite Kurde du 19e / 20e  siècle s’acharne tout de même à créer ce sentiment chez les Kurdes à travers des revues comme la revue Kurdistan (1898-1902) ou encore la revue Hawar (1932-1933), publiée depuis Damas. Il n’y a qu’à la suite de la ratification du traité de Sèvre, en 1920 que les Kurdes ont eu un État. Cette période fut brève car remise en cause par la révision du traité de Sèvre à Lausanne en 1923. Le traité de Lausanne divise alors le Kurdistan en quatre et le partage entre l’Iran, l’Irak, la Syrie et la Turquie. Mais la langue kurde reste l’argument et le pilier essentiel à l’existence de l’identité kurde et à l’unicité de la nation kurde sans remettre en cause toute la diversité existante en son sein.

Le kurde est parlé par environ 30 000 000 de personnes au Kurdistan. On observe aisément l’écart entre l’estimation démographique de la population et le nombre approximatif de personnes qui parlent le kurde. C’est l’assimilation forcée, comme en Turquie où la langue kurde fut longtemps interdite, qui explique en grande partie cet écart qui représente le nombre approximatif de Kurdes qui ne parlent pas leur langue maternelle.

 

On répartit généralement le kurde en trois groupes principaux :

Le groupe septentrional, appelé kurmandji, est le plus important par le nombre de ses locuteurs : deux-tiers des Kurdes le parlent, en Syrie, en Turquie et par les communautés kurdes d’ex-Union Soviétique. Il est aussi la langue parlée par les Kurdes d’Iran du nord-ouest, autour du lac d’Ourmiya et ceux du nord-ouest de l’Irak (Mossoul, Dohuk, Zakho, Akra, Amadiyya, etc.). L’usage oral ou écrit du kurmandji fut interdit des premières années de la République turque jusqu’en 1991, mais aussi en Syrie. D’importante mesures en vue d’une assimilation forcée ont été prise par la Turquie très vite après la création de la République turque. Parler la langue kurde dans la rue était passible d’amende et plus encore. L’enseignement en langue kurde n’est toujours pas autorisé en Turquie. En revanche, l’enseignement du kurmandji et la littérature kurde ont pu se développer dans l’ancienne république soviétique d’Arménie.

Le groupe central comprend le sorani, parlé au nord-est du Kurdistan d’Irak, et qui est, depuis 2005, avec l’arabe, langue officielle de ce pays, et seule langue officielle de la Région du Kurdistan. La situation officielle du sorani lui assure une prépondérance écrasante dans le nombre des publications, d’autant qu’il est aussi parlé et écrit dans les régions centrales du Kurdistan d’Irak.

Le troisième groupe, celui des dialectes kurdes méridionaux, comprend plusieurs dialectes hétérogènes tels que le kermanshahi, le sandjabi, le kalhori, le laki et le lori… Aucun de ces dialectes n’a acquis un statut littéraire.

Les Kurdes écrivent aujourd’hui en deux alphabets. L’alphabet arabe est utilisé par les soranophones en Irak et en Iran. Il a été adapté au kurde sorani en 1920 par un groupe d’intellectuels kurdes. L’alphabet latin est aussi élaboré dans les année 1920 par un groupe d’intellectuels ayant fui les persécutions en Turquie pour la Syrie alors sous mandat français.

Nous allons nous pencher sur le comparatif, le superlatif et enfin le diminutif en kurde kurmandji. C’est principalement sur les écrits de linguistes comme Djeladet Bedirxan, Roger Lescaut ou encore Joyce Blau que nous allons nous appuyer pour étudier l’usage des degrés de comparaison en kurde kurmandji.

Quels sont les degrés de comparaison en kurde kurmandji et comment se forment-ils ?

Dans un premier temps, nous étudierons la formation du comparatif. Dans un second temps, nous verrons comment se forme le superlatif et enfin nous nous pencherons sur le diminutif et son usage en kurde kurmandji.

 

I/ Le comparatif

 

Le kurde kurmandji connaît des comparatifs de supériorité (+), d’égalité (=) et d’infériorité (-).

 

  1. A) Le comparatif de supériorité

 

Le comparatif de supériorité s’obtient en adjoignant le suffixe « -tir » à l’adjectif.

 

Exemple : Tu ji wî xwe$iktir î.  (Tu es plus beau/belle que lui)

Alan ji Baran jîrtir e.  (Alan est plus fort que Baran)

Pelda ji Nûda ziravtir e. (Pelda est plus fine que Nûda)

 

Il arrive que la dernière consonne d’un mot s’efface lorsque le mot devient difficile à prononcer en présence du suffixe « -tir ».

Ainsi le mot « dewlemend » deviendrait « dewlementir ». On observe alors que la dernière lettre « d » du terme initiale disparaît pour laisser place au suffixe « tir » afin d’exprimer le comparatif de supériorité.

 

Certains adjectifs d’un emploi courant forment leur comparatif d’une manière irrégulière.

 

Exemple : mezin => meztir (mezintir est également employé)

pir => bêtir (pirtir existe également)

 

La comparaison entre deux termes est introduite par la préposition « ji », qui régit le cas oblique.

 

Exemple : Ariya ji Leyla dirêjtir e. (Ariya est plus grande que Leyla)

Evîn ji Nûpelda piçuktir e. (Evîn est plus petite que Nûpelda)

 

« Beaucoup plus » se rend en faisant précéder le comparatif des adverbes gelek, pir, zehf,  etc.

 

Exemple : Tu ji min gelek jîrtir î. (Tu es beaucoup plus fort que moi)

Tu ji min pir xwe$iktir î. (Tu es beaucoup plus belle que moi)

 

D’autres adverbes peuvent intervenir pour préciser le degré de comparaison comme « hinek » qui veut dire «peu » ou encore « yekcar » qui signifie « encore plus ».

 

Exemple : Ew yekcar xirabtir bûye. (Il est devenu encore plus mauvais)

Iro, ez hinek baṣtir im. (Aujourd’hui, je vais un peu mieux)

 

1-B) Le comparatif d’égalité

 

Le comparatif d’égalité s’exprime au moyen de la locution « bi qasî » qui veut dire « autant que », ou de l’adverbe  « wek, wekî » qui veut dire « comme » etc.

 

Exemple : Evîn bi qasî Destan bi qewet e. (Evîn est aussi forte que Destan)

Deriya wekî te $ehreza ye. (Derya est intéligente comme toi)

 

 

  1. C) Le comparatif d’infériorité

 

Le comparatif d’infériorité est rendu par « ne bi qasî », « ne hewqas » qui signifie « pas autant que ».

 

Exemple : Lezgîn ne bi qasî hevalê te levhatî ye.

(Lezgîn n’est pas aussi beau que ton ami)

 

Lezgîn bi qasî hevalê te ne levhatîye.

(Lezgîn n’est pas aussi beau que ton ami)

 

Lezgîn bi qasî hevalê te levhatî naye.

(Lezgîn n’est pas aussi beau que ton ami)

 

 

II/ Le superlatif

 

  1. A) Le superlatif absolu

Pour obtenir le superlatif absolu en kurde kurmandji il faut faire précéder l’adjectif par les adverbes gelek, pir, zehf qui sont des mots synonymes qui veulent dire « beaucoup/très ».

 

Exemple : Avayî ya me pir bilind bû. (Notre immeuble était très haut)

Kûçikê wî gelek dijwar e. (Son chien est très dangereux)

Pora te zehf xweṣik e. (Tes cheuveux sont très beau)

 

Il est à noter que l’adverbe peut aussi, dans certains cas, précéder le nom qualifié par le superlatif.

 

Exemple : Pir mirovekî ṣehreza bû. (C’était un homme très inteligenre)

 

Il est fréquent que le superlatif absolu soit formé à l’aide des pronoms « î » pour les noms masculins, « e » pour les noms féminins et enfin « en » pour les noms au pluriel.

 

Exemple : Bajarekî (n.m) gelek î mezin bû. (C’était une très grande ville)

Bejna (n.f) te gelek e dirêj e. (Ta taille est très élancé)

Peyvên (n. au pluriel) te gelek en hiṣk bûn. (Tes paroles étaient très dures)

 

Il arrive que le superlatif absolu soit exprimé par un redoublement de l’adjectif, même si cela reste exceptionnel.

 

Exemple : Keça Mîrî pir pir poz bilind. (La fille de l’Émir est très hautaine.)

 

  1. B) Le superlatif relatif

 

Le superlatif relatif n’est autre que le comparatif de supériorité employé avec les constructions suivantes :

 

  • Il peut être simplement précédé des pronoms « yê, « ya », « yên » ou « ê », « a », « ên » en fonction du genre et du nombre, et donne alors le sens de « le plus ».

 

Exemple : Yê ṣîrîntir. (Le plus mignon)

Ya xweṣiktir. (La plus belle)

Yen mestir. (Les plus grands)

 

  • Il peut être introduit par « ji hemî, ji hemîyan » qui signifie « de tous » ou encore « ji nav, li nav, li nabêna » qui veut dire « parmi ».

 

Exemple : Li ber çavên min tu ji hemîyan xweṣiktir î.

(A mes yeux tu es le/la plus beau/belle de tous)

 

                   Ji nav keçikên me Zilan y’a narîntir bû.

(Parmi nos filles, Zilan était la plus gracieuse)

 

  • Il peut encore se construire en qualification.

 

Exemple : Zilan narîntira ji keçikê me bû.

                   (Zilan était la plus gracieuse de nos filles)

 

Il est à retenir que le superlatif absolu peut aussi se construire en rapport de qualification sans intervention du suffixe –tir.

 

Exemple : Wê xwe ṣehrezaya dinê dihesiband.

(Elle se considérait comme la plus intelligente au monde)

 

 

 III/ Le diminutif

 

Le diminutif se forme à l’aide des suffixes –ek, -ik, -ok, -kok.

 

Exemple : Jin hene û jinkok hene. (Proverbe)

(Il y a des (vraies) femmes et il y a des petites femmes)

                   

                 Ne jina kenok, ne mêrê fehtok. (Proverbe)

(Ni la femme légère, ni l’homme timide)

 

 Les suffixes qui forment le diminutif peuvent aussi exprimer l’affection.

 

Exemple : Ev cewrik, çi ṣîrînok e !

(Ce que ce chiot est mignon !)

                   Derguṣa te çi xweṣkok e !

(Ce que ton bébé est beau !)

 

Conclusion :

En kurde kurmandji, nous avons trois degrés de comparaison : le comparatif, le superlatif et le diminutif. Nous avons trois formes de comparatif ; le comparatif d’égalité, de supériorité et d’infériorité. Le superlatif se rapproche du comparatif de supériorité mais se porte sur un sujet précis, sans établir de comparaison avec un objet. Enfin, le diminutif se forme avec le suffixe « ok », « ek », « ik » et  « kok ». En kurde kurmandji le diminutif est aussi employé pour exprimer l’affection ou encore pour donner un ton sarcastique aux propos.

Le superlatif et la diminutif peuvent être confondus avec le comparatif de supériorité et d’infériorité. Il est alors important d’expliquer ce qui les distinguent : dans le comparatif, un objet est mesuré à un autre, tandis que pour le superlatif on entend que l’objet mesuré est « le/la » mieux, meilleur ou tout autre adjectif qualifiant la supériorité. Le diminutif est à distinguer du comparatif d’infériorité avec minutie, car en réalité, dans le diminutif on ne réduit pas une chose pas rapport à une autre mais l’on exprime le fait que l’objet soit « petit » avec le suffixe « ok » dans un sens affectueux, sarcastique ou railleur.

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